2016
Le jury a très bien travaillé Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par LEPAGE Brigitte   
Le jury de la 42è édition du Festival du Film américain de Deauville nous a sorti un Palmarès de qualité et ô combien logique, ce qui nous change des jurys de grands festivals comme celui de Cannes qui, cette année nous avait sorti de son chapeau un palmarès à l’emporte-pièce sans doute pour ne pas dénoter de celui de l’année précédente.  
 
Photo : Thibaut Demeyer
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 Ce sont 14 longs métrages que le jury officiel a visionné durant la semaine. Des longs métrages aux sujets souvent identiques d’année en année : l’Afghanistan, l’Irak, le terrorisme islamique, le racisme, les narcotrafiquants, bref tout ce qui fait l’Amérique et tout ce qui angoisse le pays au drapeau étoilé. 
Secondé dans sa tâche par Éric Elmosnino, Radu Mihaileanu, Sara Forestier, Ana Girardot, Douglas Kennedy, Emmanuel Mouret, Marjane Satrapi, Françoise Arnoul, le Président Frédéric Mitterrand a dès lors annoncé le Grand Prix pour Ira Sachs « Brooklyn Village ». Une œuvre puissante et intelligente racontant l’histoire d’une famille qui, au décès du grand-père paternel, quitte Manhattan pour aller vivre à Brooklyn, dans la maison du défunt. Le fils de la famille se lie d’amitié avec le fils de la locataire du rez-de-chaussée. Une dame de condition modeste d’origine hispanique. Les deux garçons deviennent très rapidement les meilleurs amis du monde mais lorsque les parents décident d’augmenter le loyer de la pauvre dame, celle-ci ne peut l’assumer et se voit dès lors expulser.
Lorsque nous précisons que le jury a bien travaillé, ce prix en est la preuve car « Brooklyn Village » a été le dernier film présenté en compétition. Preuve que le jury est resté très attentif aux œuvres proposées et ce, jusqu’au tout dernier moment. 
Quant au prix du jury mais aussi du public, c’est Matt Ross qui décroche le doublé avec « Captain Fantastic » ou l’histoire d’une famille un peu marginale qui, sur l’idée du patriarche interprété par Viggo Mortensen, décide de tout plaquer pour aller vivre en hippie dans un mobil home en compagnie de sa femme et de ses enfants. Une décision qui ne plaît pas trop à sa belle-famille d’autant plus que leur fille unique décèdera dans « l’aventure ». Ce film démontre bien que ces idéaux et cette philosophie de vie a ses limites même si à l’arrivée les enfants ont acquis une bien meilleure connaissance du monde et de la vie. « Captain Fantastic » a été présenté le premier jour de la compétition et au vu des applaudissements nourris de la fin de la projection, on présentait déjà que son prix, le public allait l’attribuer à « Captain Fantastic ».
Si « Captain Fantastic » a été le choix du jury, celui-ci n’en est pas resté là puisqu’il a également attribué son prix, ex-aequo, à « Teckel » de Todd Solondz. Une histoire bien originale que celle d’un teckel et de tout ce qu’il apportera comme bonheur à la famille dans laquelle il vit. Un sujet à la fois original mais ô combien important à une époque où l’on parle de plus en plus de maltraitance animale. « Teckel » est dès lors un bol d’air et un message d’espoir envers ses animaux que l’on abandonne si souvent à l’heure où les vacances pointent à l’horizon. 
Le seul regret de cette édition 2016, c’est l’absence de grosses pointures qui donnent cette ambiance sur particulière sur les Planches depuis 41 ans. 2016 sera dès lors une année sans comme un Festival peut parfois en souffrir car il n’est pas simple de solliciter chaque année de grosses pointures. Celles-ci étant de plus en plus souvent sollicitées. 
 
Brigitte Lepage 

 
Un sorcier sur les planches Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par LEPAGE Brigitte   
Alors que le festival du film américain a bien du mal à s’enflammer pour cause d’absence de grosses pointures, voilà que Daniel Radcliffe, d’un coup de baguette magique, réveille Deauville et ses festivaliers.
Mis à l’honneur dans le cadre du concept « Le Nouvel Hollywood », Daniel Radcliffe semblait heureux d’être à Deauville, n’hésitant pas à se prêter au jeu des selfies et des autographes avec les fans ainsi qu'au traditionnel photocall et non moins traditionnelle conférence de presse. 
 
Photo : Thibaut Demeyer
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Vu le succès planétaire des « Harry Potter », n’avez-vous pas craint d’être enfermé dans ce registre ? 
« Si, j’ai eu ce type d’inquiétude. Mon personnage d’Harry Potter a pris une dimension restrictive. Disons que 50 % de la profession n’a pas su m’imaginer dans un autre rôle alors que les 50 autres se sont lancé comme un défi de réussir à me faire jouer autre chose. C’était vraiment stimulant pour le réalisateur comme pour moi. J’avais l’impression de repartir de zéro. Depuis 5 à 6 ans, j’ai cette chance, ce luxe, de me voir ainsi proposer d’autres rôles. »
Comment vous êtes-vous préparé pour ce personnage d’agent en infiltration du FBI ? 
« J’ai rencontré l’agent du FBI dont l’histoire vraie a inspiré le film. Il m’a fait part de son expérience, de sa vision des milieux néo-nazis qu’il a réellement infiltrés. Et puis, pour m’imprégner un maximum de mon personnage, je suis allé voir sur internet et j’ai lu pas mal de livres d’auteurs propageant des discours de haine d’extrême droite. »
Avez-vous été surpris par le contenu de vos lectures et comprenez-vous que de nombreux Américains se disent prêts à voter pour le candidat Donald Trump ? 
« Ces lectures m’ont surpris. C’est difficile de proférer de telles paroles aussi haineuses même si ce n’est que pour les besoins d’un film. Je me souviens de moments cocasses, lors du tournage de la manifestation de néo-nazis où les gens dans la rue ne voyaient pas que l’on tournait. Ils nous regardaient d’un air surpris et parfois même ils semblaient choqués. De notre côté, on ne pouvait pas leur dire que tout cela c’était du cinéma. Concernant Donald Trump, j’ai évidemment beaucoup de mal avec ses discours haineux. »
Faire l’objet d’un tel hommage aussi jeune, qu’est-ce que ça représente ? 
« Je suis très heureux et très flatté. Jusqu’ici, on disait de moi que j’étais bon dans le rôle d’Harry Potter mais je ne recevais jamais aucun prix. Cet hommage est à mes yeux la reconnaissance de mon travail d’acteur, de ma bonne évolution. De là à côtoyer sur les planches de Deauville et devant les cabines des noms aussi prestigieux que ceux qui y figurent déjà… J’ai du mal à me faire à l’idée ! »
Vous passez allègrement de blockbusters à des films plus ardus : c’est un choix personnel ? 
« Je dois être séduit par le script que je lis pour y trouver mon compte. Je reçois pas mal de propositions, je peux choisir, je pense que je suis privilégié. Je ne suis pas un ingrat et ne refuserait pas nécessairement un autre blockbuster, mais je suis aussi intéressé par le cinéma indépendant qui m’oblige à prendre plus de risques. »
 
Brigitte Lepage 
 
Photo : Thibaut Demeyer
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James Franco à l'honneur Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par LEPAGE Brigitte   
James FRANCO est un artiste complet. Acteur bien entendu mais aussi réalisateur, scénariste, écrivain et peintre à ses heures perdues. Il était dès lors logique le Festival du film américain de Deauville lui réserve une place dans leur catégorie « hommage » à celui qui n’hésite pas à passer de blockbuster comme « Spider-Man », « Le Monde fantastique d’Oz » ou « La planète des singes : les origines » à un cinéma moins conventionnel comme « Every Thing will be fine » de Wim Wenders. 
Sa présence à Deauville a aussi été l’occasion à James Franco de présenter son dernier film « In dubious battle » qui raconte l’histoire d’une grève qui secoua les plantations de fruits en Californie dans les années 30. Il s’agit de l’adaptation du roman de John Steinbeck publié avant les célèbres « Des souris et des hommes » et « Les raisins de la colère ». 
 
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Quel rôle préférez-vous ? Celui d’acteur ou de réalisateur ? 
«J’aime tout dans le cinéma. Mais étant un grand lecteur passionné et amoureux de la littérature, j’apprécie tout particulièrement travailler sur des grands classiques de la littérature qui font partie de l’imaginaire commun. J’adore pouvoir mettre les moyens actuels du cinéma au service de ces grandes œuvres, comme pour ce film-ci.» 
Précisément, parlez-nous un peu de cette œuvre moins connue de John Steinbeck ? 
«Les autres romans de Steinbeck ont déjà été adaptés au cinéma. Je ne voyais pas très bien ce que je pourrais encore y apporter. J’ai donc préféré me tourner vers l’un de ses romans moins connu mais qui présentait déjà ses qualités d’écriture et de dramaturgie qui lui valurent plus tard le Prix Pulitzer.» 
Qu’est-ce qui vous a plus particulièrement plu dans ce récit d’une grande lutte sociale ? 
«Steinbeck a lui-même travaillé en Californie, il connaissait très bien cette dimension sociale. L’histoire méritait d’être valorisée. C’est un récit passionnant, riche d’un point de vue social. Les personnages sont très forts, on a essayé de les hisser à la hauteur du roman. Puis, petit à petit, on s’est rendu compte des résonnances actuelles. Je ne fais pas de politique, je ne suis pas candidat à la présidence des Etats-Unis mais je suis conscient du rôle que je peux jouer vis-à-vis des jeunes générations en tant qu’homme publique. J’ai mes idées et je n’accepte pas que la classe ouvrière soit trop souvent laissée pour compte.» 
Vous avez écrit un roman. Auriez-vous l’idée de l’adapter vous-même au cinéma ? 
«C’est un premier roman inspiré de mes propres souvenirs. Je ne m’imagine pas l’adapter moi-même au cinéma. Je préfère que quelqu’un d’autre porte son regard extérieur sur mon roman. C’est ainsi que Gia Coppola, la petite fille de Francis Ford Coppola, photographe, m’a semblée avoir les qualités requises pour faire ce que je n’aurais pas pu faire moi-même. Elle m’y a un peu contraint à tenir le rôle d’un professeur. C’était une idée un peu dérangeante, mais j’ai accepté son choix.»
 
Brigitte Lepage
 
 
Photo : Thibaut Demeyer
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Michael Moore brille par son absence Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par LEPAGE Brigitte   
Alors que le Festival de Deauville avait décidé de lui rendre hommage, le réalisateur américain controversé par les uns, adoré par les autres, ne s’est pas rendu sur les Planches Deauvillaises. Raison de cette absence : hospitalisation d’un proche de sa famille. Il s’agit de la version officielle. Mais allez savoir quelle en est la raison officieuse ! 
Présent ou pas. L’hommage a bien eu lieu. Certes, devant une salle quasi déserte mais peu importe, le principal était l’hommage et la projection de son documentaire « Where to invade next ». 
 
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 C’est le cinéaste français Luc Jacquet, Oscar du meilleur film documentaire en 2006 avec « La marche de l’Empereur », qui prit malgré tout la parole pour souligner combien Michael Moore savait se mettre à nu dans ses films, osant dénoncer le système social en place aux Etats-Unis et démystifier ce que nous, les Européens, continuons à appeler le rêve américain. Le tout dans un mélange d’humour et de bon sens paysan.
Avec « Where to invade next », Michael Moore débarque en Europe à la façon des G.I. en juin 44. D’Italie à l’Islande en passant, pêle-mêle, par la France, la Finlande, la Slovénie, l’Allemagne, la Norvège, le Portugal et même la Tunisie, le réalisateur palmé en 2004 à Cannes pour « Fahrenheit 9/11 » aborde des sujets aussi divers que l’éducation, la sécurité sociale, les congés payés ou le pouvoir des femmes.
Et à chaque fois, il prend ce qu’il y a de meilleur chez nous et que ses Etats-Unis ne connaissent pas d’abord pour s’en émerveiller tel un grand gosse qui découvre un nouveau jouet extraordinaire et ensuite pour l’importer Outre-Atlantique.
Ainsi, s’il choisit d’interviewer un couple de travailleurs italiens qui expliquent qu’ils ont droit à quatre semaines de congés payés, sans compter les jours fériés, ce que les Américains ne connaissent bien évidemment pas, eux qui doivent compter sur la seule générosité de leur employé pour espérer deux malheureuses semaines de congés par an, Michael Moore se garde bien de tendre son micro face à sa caméra à des chômeurs italiens dont l’entreprise vient de fermer pour cause de délocalisation en Roumanie ou en Chine.
Bref, Michael demeure le grand manipulateur qu’il a toujours été, prenant des situations ou des exemples qui l’arrangent bien pour leur faire dire ce qu’il veut en tirer afin d’illustrer son propos critique sur la politique de son pays.
Le tout non sans rappeler que ces concepts qu’il veut importer d’Europe avaient été imaginés aux Etats-Unis bien avant. Mais que faute d’avoir été appliqués, il faut aller les rechercher au service des objets trouvés ! Allons bon…
 
Brigitte Lepage 

 
 
Humour et glamour sous haute sécurité Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par LEPAGE Brigitte   
Si les mesures de sécurité restent le sujet de conversation principale, et on le comprend bien, cela n’a pas empêché de vivre une soirée d’ouverture sur le ton de l’humour et du glamour avec la présence de l’actrice allemande Diane Krüger.
L’actrice allemande y campe une femme flic chargée de se faire passer pour la fiancée d’un agent fédéral (Bryan Cranston) qui tente d’infiltrer le cartel de la drogue du célèbre Pablo Escobar. Au-delà d’une mise en scène classique et d’un récit assez prévisible, le plus surprenant est d’apprendre que le flic infiltreur dont l’histoire réelle a inspiré le film était dans la salle. Incognito…
Si l’ensemble de l’œuvre ne laissera pas de traces indélébiles dans l’histoire du cinéma et du festival, on retiendra malgré tout la performance de l’acteur principal Bryan Cranston, et de Walter White, dit « Walt », dans la célèbre série télévisée « Breaking Bad ».
 
Photo : Thibaut Demeyer
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Avant la projection du film d’ouverture, « Infiltrator », nous avons eu droit aux traditionnels discours  comme celui du Maire de Cannes mais aussi de Madame l’Ambassadeur des Etats-Unis. Cette dernière ayant cité Michelle Obama afin d’évoquer les cultures française et américaine et noter combien l’acceptation de nos différences permet d’apprendre à mieux se connaître.
Créé il y a déjà trois ans, le concept « Le Nouvel Hollywood » est toujours d’actualité cette année. Rappelons que ce concept a pour but de mettre en valeur un jeune comédien et une jeune comédienne, fleurons du cinéma américain de demain. Cette année, c’est Chloë Grace Moretz qui a été mise à l’honneur. Pour rappel, elle a fait ses débuts au cinéma dès l’âge de 6 ans pour se retrouver à 19 ans sous la direction de Tim Burton, Martin Scorsese et Olivier Assayas. Nous pourrons la voir cette année dans « La Cinquième vague » et dans « Nos pires voisins 2 ». 
Sur le tapis rouge de Deauville, elle s’est amusée devant les photographes séduits par l’échancrure généreuse de son décolleté, jouant les toréadors avec la traine de sa longue robe à fleurs. Sans pour autant voler la vedette à Julie Gayet qui, dans une belle robe noire à dentelles, a déclaré, non sans humour, qu’elle aurait aimé être choisie pour présider le jury afin de se faire appeler Madame la Présidente !
Mais ce n’est pas l’égérie du Président de la République, François Hollande, qui dirigera le jury cette année. C’est Frédéric Mitterrand qui, lui aussi avec un humour certain, s’est amusé à l’idée qu’un Mitterrand soit encore appelé Monsieur le Président aujourd’hui !
 
Brigitte Lepage